L’inconnue à la fossette

Me voilà devant la porte de l’hôpital. J’avais repoussé ce jour de toutes mes forces, j’avais préféré commencer un traitement de médicaments, plutôt que de venir ici. Malheureusement, contrairement à toutes mes prières, les médicaments n’étaient pas suffisants et il me fallait absolument faire des séances de rééducation ou de « massages » comme les décrivaient mon médecin.

Ce n’était pas par peur ou par crainte de la douleur que je redoutais ce moment ; loin de là. Mais il me semblait qu’à chaque fois que je mettais les pieds dans un hôpital, c’était pour avoir de mauvaises nouvelles ou de mauvaises expériences.

Je secouais la tête et rentrais quand même, le plus tôt j’en fini avec cette première séance, le mieux c’est. Malgré le traitement que je venais de finir quelques jours plutôt, marcher pour moi était un véritable martyr. J’avais l’impression d’être au bout de ma vie quand j’avais fini de longer les longs corridors de l’hôpital qui menaient à la salle d’attente. Je m’effondrai presque sur la seule chaise libre disponible et essayai de reprendre mon souffle. Je tenais fermement ma tête entre mes mains et regardai le sol pour calmer ma respiration et attendre que la douleur ne se dissipe.

« Ça va ? » j’entendis une voix féminine s’adresser à moi. J’ai répondu machinalement que j’allais bien, sans lever la tête, pensant que c’était une infirmière qui reviendra sûrement quand le tour sera à moi de passer. Mais la voix reprit « Tu es là tout seul ? ». Cette fois, je levai la tête pour lui répondre et c’est là que j’ai vu, pour la première fois, à quel point mon interlocutrice était magnifique. Visiblement, elle était réellement inquiète pour moi, ça se voyait sur son visage. Était-ce possible qu’une inconnue soit aussi inquiète pour un étranger ? elle s’agenouilla auprès de moi et mis sa main dans la mienne ; un geste machinal de réconfort, à mon avis. Et ça a marché ! A partir de cet instant, j’oubliais ma douleur puisque je restai concentré sur son visage, envahi par a compassion et sa bonté.

Je la remerciai pour sa gentillesse et c’est là qu’elle me sourit ! Je ne veux pas tomber dans les clichés mais c’est vrai, c’est le sourire le plus angélique que je n’ai jamais vu. Et, pour me faire fondre encore plus, une jolie fossette se creusa sur sa joue gauche.

Elle commença à me parler de la manière la plus naturelle qui soit, comme si on se connaissait depuis des décennies. Elle m’’informa qu’elle était là pour accompagner un ami à avoir ses résultats, elle attendait justement qu’il finisse son entretien avec le médecin. Elle me posa pleins de question sur mon état, pourquoi je me retrouvais, la durée du traitement et la durée des séances.

Cet instant magique a duré à peine quelques minutes ; des minutes pendant lesquelles j’étais complétement sous son charme, à en oublier où je me trouvais, dans quelles conditions, et surtout la douleur qui m’envahissait.

Elle fini par se lever (forcément ses genoux ont dû lui faire mal). Elle regarda en direction d’une des salles et s’excusa. Elle voulait s’enquérir de l’état de son ami. Je lui souris et la remercia encore une fois pour sa préoccupation et sa gentillesse. En la regardant s’éloigner, je pensais que les belles âmes existaient toujours sur terre, que je venais de faire la connaissance d’un ange et que, stupide que je suis, je n’ai pas demandé son prénom. Mon souvenir d’elle serait « la jolie inconnue à la fossette ».

Je fus vite ramené à une autre réalité, ma séance qui commença dans quelques secondes. Mon objectif était d’en finir avec cette séance au plus vite et retourner chez moi, le plus rapidement possible. Mais je comptais sans la douleur ! c’était indescriptible, le médecin touchait à peine mon dos mais j’avais l’impression qu’il paralysait ou électrocutait tout mon corps à la fois. Je gardais mes lèvres bien pincées pour ne pas crier et les yeux bien scellés pour rester concentré. Le médecin me parlait de temps en temps mais je n’écoutais rien. Seules ses instructions filtraient dans ma tête pour tendre la main, plier les genoux, ou autre et je ne faisais qu’obéir machinalement, sans y penser, sans penser à la douleur qui suivait chaque geste et, surtout, sans penser au temps qu’il restait. Ça a duré une heure ! une heure qui s’est écoulée telle une éternité.

J’ouvris les yeux, j’étais allongé sur le lit, seul. Le médecin et les infirmières ont dû me laisser me reposer. Même si les gestes que j’ai faits étaient basiques, je me sentais épuisé, comme si j’avais couru un marathon. J’étais tout en sueur. J’essayais de me relever quand une main me retint par mon épaule « vaut mieux te reposer encore ». Je m’exécutai (je ne pouvais pas me relever de toutes les façons) et je tournai la tête pour voir à qui appartenait cette voix si douce. A ma surprise, ce n’était pas une infirmière, mais c’était ma jolie inconnue de toute à l’heure. Comme si elle avait aperçu mon étonnement sur mon visage, elle s’expliqua :

« J’ai vu que tu étais tout seul ici donc je voulais m’assurer que tu allais bien. »

Nous parlâmes pendant longtemps, peut-être pour une heure ou même plus. Elle était joaillère, et quand elle parla de son métier ses yeux s’illuminèrent d’une jolie étincelle ; très clair qu’elle était passionnée par son travail. Je ne mentirais pas, mais je ne me souviens pas trop des autres détails que nous avions abordé lors de cette discussion, tellement je ne faisais que l’observer et essayer de graver son visage dans ma mémoire, subjugué par sa beauté : des yeux d’une couleur noisette claire, un nez fin, un sourire angélique, une fossette mignonne et de longs cheveux noirs.

Le temps continua à passer jusqu’à ce qu’elle m’annonçât qu’elle devait partir. Ironique comment le temps semblait s’éterniser pendant ma séance mais voler quand je parlais à cette merveilleuse inconnue.

Oui, inconnue ! Nous nous étions quittés sans que je ne lui demande son prénom ou ses coordonnées. Je n’arrêtais pas de penser à elle durant tout le reste de la journée. Cette nuit, j’ai dormi en faisant un vœu : qu’elle soit présente lors de ma prochaine séance, dans une semaine ! il me faudra bien de la patience.

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Me voilà devant la porte de l’hôpital. Cette fois, je ne pensais ni aux connotations négatives de cet endroit, ni à la souffrance de la séance précédente. Une seule pensée me hantait : revoir me belle inconnue et, cette fois, prendre son nom et ses coordonnées pour pouvoir la recontacter.

Contrairement à ma première visite, je scannais mon entourage en espérant la repérer, en priant qu’elle se retrouve là. Je ne pouvais que compter sur ma chance pour qu’elle se retrouve à l’hôpital au même moment que moi. Vue que ma chance m’avait fait défaut plusieurs fois par le passé, j’étais très sceptique mais je ne voulais quand même pas lâcher l’affaire, tant que ma visite n’était pas encore finie.

Avec chaque pas que je prenais pour atteindre la salle d’attente, mon anticipation s’agrandissait, même exponentiellement par rapport à la douleur.  Finalement, j’ai fini par atteindre la salle et je la parcouru rapidement des yeux. Ce jour-là, la chance avait fini par me sourire car, justement, ma belle inconnue était aussi dans cette salle d’attente. Elle lisait les magazines, assise sur une chaise à côté de la fenêtre. Elle avait l’air d’une sculpture, délicate et gracieuse. Je restais un moment à admirer cette vue avant de prendre un long souffle et de me diriger vers elle.

Elle leva la tête de sa lecture et regarda dans la direction du bruit que faisaient mes béquilles quand je marchais. Nos regards se sont croisés ; encore une fois, elle me sourit et je fus subjugué à nouveau par sa beauté. Je ne pensais pas que cela serait possible, mais c’était comme si je la voyais pour la première fois. En réalité, elle était encore plus belle que dans mes souvenirs.

Je m’assis en face d’elle et nous commençâmes à parler sur le champ, à se raconter notre semaine et comment nous l’avions passé. La conversation avec elle était facile, fluide, portée par sa jolie voix et son sens de l’humour. Encore une fois, je me laissai emporter par le moment et ne fis pas attention au temps passer, jusqu’à ce que l’infirmière appelât mon nom. Je fus comme quelqu’un tiré d’un rêve, je sursautai sur ma chaise.

  • « C’est ton tour je pense ?
  • Oui, malheureusement. Ce qui me rappelle que ça fait un bon moment qu’on parle mais je ne connais même pas ton prénom.
  • Nadine, dit-elle en souriant.
  • Enchanté ! Moi, c’est Omar ».

Elle me sourit encore et regarda dans la direction de l’infirmière qui m’attendait. J’aurais tout donné pour prolonger encore ce moment, le prolonger à l’infini. Mais je me levai, à contre cœur, pensant qu’à présent je connaissais au moins son prénom.

Je marchais lentement, plusieurs pensées se bousculaient dans ma tête : peut-être je devais lui demander de rester là, jusqu’à ce que ma séance finisse, pour converser davantage, ou bien l’inviter à prendre un café, pas loin de l’hôpital ou même de déjeuner demain.  Avec chaque pas que je prenais, je m’éloignais petit à petit d’elle et je me disais que j’avais raté l’occasion de lui proposer cela. Je me retournai pour lui sourire, une dernière fois, quand je m’aperçut qu’elle marchait lentement derrière moi.

« Je peux rester avec toi pendant la séance … si tu veux, bien sûr »

Elle regardait le sol et cachait la moitié de son visage à l’aide de ses cheveux. Elle était mignonne, ma Nadine, quand elle était timide. Je fus surpris de sa demande, de tant de gentillesse et de compassion de la part de cette inconnue. Mais toutes les excuses étaient les bienvenues, pourvu de prolonger mon moment de bonheur avec elle.

Bien sûr, j’ai refusé au début, par pure politesse uniquement, sous prétexte de ne pas la déranger mais elle insista. Il ne m’en fallait pas plus !

Dès les premiers gestes du médecin, la douleur me frappa. J’avais oublié ce côté-là ! cette torture qui allait durer toute l’heure. A peine eu-je le temps de pincer mes lèvres que Nadine se précipita de me tenir la main. Ce geste de réconfort était miraculeux. Grâce à sa présence et sa main délicatement enlaçant la mienne, j’ai pu surmonter la douleur. A vrai dire, je ne ressentais plus rien, mon visage tendu se relaxa petit à petit.

Nadine ne lâcha pas ma main pendant toute la séance et même pendant que je reprenais mes forces. Elle m’accompagna jusqu’à la porte de l’hôpital, mais pas avant de m’avoir donné ses coordonnées ; finalement, un moyen de rester en contact en dehors de mes séances.

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Me voilà devant la porte de l’hôpital. Cette fois, je ne suis pas seul. Nadine est à mes côtés, elle m’accompagnait à toutes les séances et ne lâchait jamais ma main.

C’est ironique comme l’hôpital, un endroit que j’essayais d’éviter coûte que coûte, est devenu synonyme de nouveaux départs. Après tout, c’est là où j’ai rencontré mon plus grand amour.

Et cette histoire ne fait que commencer…

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