Prémonitions 10

La partie précédente par Ici…. et si vous voulez commencer par le tout début, c’est par Ici.

Il hésita quelques secondes, prit un long soupir puis acquiesça de la tête.

“Ok, merci pour la promesse. Maintenant, j’ai quelques questions pour toi …”

Il prit un long soupir, sachant pertinemment que mes questions n’allaient pas être simples. Avant de commencer, il demanda une autre tasse de café, que je servis volontiers.

Il était plongé dans ses pensées, et je n’ai pas voulu l’interrompre dans ce processus, bien que je sois très impatiente. Après la première gorgée de café, il ferma les yeux pour une minute, prit un autre long soupir et se lança dans une longue explication.

« Inutile de me poser à chaque fois des questions, je vous dirais tout ! Et je vais commencer par le tout début…. »

« Lorsque j’étais adolescent, j’étais ton voisin. Je suis sûre que tu ne m’as jamais vu car j’étais tout le temps à l’hôpital, atteint d’une grave maladie qui nécessitait un traitement long et continu. Pendant mon hospitalisation, je croisais souvent ta petite sœur. Elle y venait pour son traitement aussi, soit avec toi ou avec ta tante. Elle quittait toujours l’hôpital avec un large sourire, peu importe ce que les médecins disaient. Sans même qu’elle ne m’adresse la parole, je la voyais toujours avec cette attitude et malgré son jeune âge, elle devint ma source d’inspiration. (Il souriait dès qu’il évoquait ma petite sœur). Lorsqu’elle céda à sa maladie, je fus très triste, comme si un ami m’avait quitté subitement.  Cependant, j’ai décidé de rester toujours optimiste, comme elle.

Quelques années plus tard, mes parents décidèrent de m’envoyer continuer le traitement aux Etats Unis ; une équipe de médecins avait découvert un remède pour mon cas.  Je fus miraculeusement guéri, mais des séquelles sont restés : une tumeur au niveau de mon cerveau. Une tumeur bénigne, dont la taille et la position restaient figées, malgré les innombrables tentatives des médecins à l’éradiquer. Ils ne pouvaient pratiquer de chirurgie car sa position était très délicate et cette intervention risquait d’endommager à tout jamais mon cerveau.

Je vous épargne les détails de ce parcours, j’ai mes raisons de vouloir effacer cette période de ma mémoire. Ce que les médecins ignoraient, c’est que cette tumeur me permettait d’avoir des prémonitions, tout comme toi !

Mais des prémonitions différentes, une sorte de sixième sens concernant les gens que je connaissais. La prémonition concernait seulement les quelques minutes qui allaient suivre et n’allaient pas plus loin dans le temps qu’une demi heure.

Je poursuivis mes études et finis par devenir avocat. Dès que je pris mon premier dossier, mes prémonitions m’aidaient à savoir si un argument allait porter ses fruits ou pas, à anticiper la réaction et la contre-attaque des avocats adversaires et pleins d’autres choses utiles. On a fini par me surnommer « l’avocat imbattable ». J’en fis très content !! Moi, imbattable ou l’avocat prodige qui faisait toujours le bon choix des arguments et qui réfutait si habilement ceux présentés par les adversaires.

Le succès me montait petit à petit à la tête, je devins très arrogant envers les autres et je perdis toute modestie. Encore une fois, je vous épargne les détails insignifiants mais je devins un autre homme.

On aurait dit que mon changement d’attitude atteint aussi la tumeur à mon cerveau. Les visions changèrent de nature : elles me plongeaient maintenant dans le futur lointain, ce que les personnes que je croisais allaient faire ou subir dans la journée qui suit. Quand je réalisais cela, je perdis toute confiance en moi lors des procès. Je ne pouvais plus anticiper les arguments présentés ni m’assurer que les miens allaient tous être à bout portant. Je perdis toutes les affaires qui m’étaient confiées et mes confrères finirent par me traiter d’incompétent. Je ne les plains pas ! J’étais si arrogant à l’époque et j’imagine qu’ils étaient avides de me voir tomber un jour.

Je pris une retraite très anticipée et décidais d’abandonner ce domaine une fois pour toute.  En sortant du tribunal la dernière fois, un avocat vint pour me consulter sur une affaire. Malgré le fait que je n’avais plus confiance en moi, tous les confrères s’accordaient sur le fait que j’étais très intelligent et que je savais toujours quels textes de loi appliquer concernant chaque situation.

Cet avocat me présenta donc à son client et ma prémonition indiquait qu’il allait être prononcé comme non coupable …. Bizarrement, ma prémonition ne s’arrêtait pas au lendemain, le jour du procès, mais suivait cet homme pendant des mois et je vis qu’il allait vous croiser un jour. Sa rencontre allait vous faire beaucoup de mal.

Dans ma vision, je vous ai reconnu dès que j’ai aperçu votre visage et je me suis rappelé de votre petite sœur. Je lui devais de vous aider et d’empêcher cet homme de vous gâcher la vie. Après tout, elle m’a sauvé aussi de moi-même, de sombrer dans le désespoir.

Et, me voilà !! »

Il me regarda et sourit. Je le regardais aussi, les yeux pleins de rage :

« Vous vous foutez de ma gueule ?? »

Il avait l’air incrédule, comme s’il ne comprenait pas ma réaction, je m’expliquais alors :

« Merci pour le gentil récit sur qui tu es et comment tu me connais… mais tu n’expliques pas du tout comment tu sais que j’ai des prémonitions aussi et vous dites que quelqu’un va me causer du mal, si calmement ?? Comment? Pourquoi?? Vous allez continuer l’histoire ou pas ??? »

Il me sourit et ses yeux étaient si réconfortants quand il faisait cela. Mais je refusais de me laisser berner …

« Toujours toujours aussi impatiente. Je vais continuer ne vous inquiétez pas mais je commence à avoir faim. »

Il se leva et se dirigea vers la cuisine. Il avait raison, je n’avais pas vu le temps passer et il était déjà l’heure du dîner.

« Je me demande ce que vous avez bien pu acheter !! et… ma prémonition me dit que Laila ne va pas retourner à la maison ce soir. Elle passera la nuit chez une copine ».

Comme par magie, le téléphone sonna et Laila s’excusa de ne pouvoir venir et de devoir passer la nuit chez une amie. C’était la première fois que j’entendais parler de cette mystérieuse amie et je me demandais bien qui cela pouvait bien être !!

Il a certainement lu dans mes pensées car il dit :

« Ce n’est pas une amie, c’est une collègue du boulot et elles doivent finir une présentation importante pour demain. Ne t’inquiètes pas tout ira bien ».

Je le rejoignis à la cuisine et j’en profitais pour l’observer de plus près. Il avait repoussé les manches de sa chemise et coupait des oignons. Il se prenait vraiment pour le maître des lieux car il ne demandait jamais où se trouvait un ingrédient ou un ustensile. Il devait parfaitement connaître  les lieux. Il ne me laissa rien faire ni l’interrompre par mes questions. Toute son intention était portée sur ses préparatifs et le plat du dîner devenait une priorité. Pour mon traitement, j’avais un régime sévère et je me surpris à le voir le respecter à la règle ! Il ne mit ni sel ni poivre et évitait ingénieusement tous les aliments que les médecins avaient interdits. Décidément, il savait beaucoup plus sur moi que je ne l’imaginais. En contrepartie, je ne connaissais de lui que ce qu’il m’avait raconté jusqu’à présent !

Il dressa aussi la table, y servit notre dîner et semblait satisfait du résultat final. Dès qu’il prit la première bouchée, il vit que j’étais toujours aussi impatiente de connaître la suite et que les questions à lui poser étaient sur le bout de mes lèvres.

« OK, c’est bon, ne me regardes pas avec ces yeux curieux, je vais te raconter la suite…. ».

La suite, Partie 11

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