Prémonitions (4)

Lisez la partie précédente d’abord Ici ; ou commencez par le tout début Ici 🙂 

Amine avait eu un accident! La nouvelle vint comme un choc. Laila mis ses mains sur mes épaules et me secoua pour me ramener à mes esprits: ” Ce n’est pas le moment de paniquer. Il faut y aller tout de suite pour savoir ce qui s’est passé exactement. J’ai besoin que tu me conduises à l’hôpital.” Voyant que je n’avais pas encore encaissé la nouvelle, que mes yeux se remplissaient peu à peu de larmes mal contenues elle me secoua de plus belles : “J’ai besoin de toi… Nous avons besoin de toi… tu m’écoutes?  tu peux le faire et il va s’en sortir!!“. 

Elle avait raison, ces mots me ramenèrent à la réalité: aller sur place, s’enquérir des nouvelles et être proche de mon amie au lieu de se lamenter sur ce sort ou se creuser la tête pour chercher des réponses qui n’existaient même pas. 

Une fois à l’hôpital, nous avions appris qu’Amine avait eu un accident de voiture; percuté par un camion qui roulait trop vite et qui n’a pas réussi à freiner à temps à cause de la pluie. Le chauffeur du camion s’en est sorti avec quelques égratignures, alors qu’Amine avait pris un coup dur. Il avait été gravement blessé et avait perdu trop de sang sur place. Le moment où nous sommes arrivées, l’opération avait déjà commencé et il fallait attendre encore deux heures avant de connaître le verdict final des médecins. 

Deux longues heures… je me suis enfin permise de penser à la situation et à l’implication de mes prémonitions. Même si tout se passait très vite et que je devais me concentrer sur mon amie et lui prêter main forte durant cette situation, une très petite voix dans la tête me soufflait toujours “tout cela est de ta faute!” J’avais eu une prémonition; une première prémonition pour être exacte, dont la finalité est qu’Amine n’allait pas venir chez nous ce soir, puis vint une deuxième prémonition: j’allais intervenir, la finalité étant qu’il allait venir et passer la soirée avec nous. Justement, ma vison stipulait qu’il allait venir sain et sauf! A aucun moment je n’y avais vu d’accident, de camion ou d’hôpital. Comme toujours, ces deux prémonitions étaient claires dans leur contenu; la différence cette fois est que chacune avait une chance sur deux de se produire, selon ma décision. Ce qui me mène au point de départ: pas d’accident dans ces deux prémonitions!!! à en devenir folle!!

Peut-être alors était-il question de temps? ma seconde prémonition allait se produire, juste pas ce soir, pas aujourd’hui, mais peut-être dans un futur proche? Certes mes prémonitions ne remontaient jamais pour un futur trop loin mais n’avaient jamais été dédoublées non plus! 

Toutes mes déductions allaient dans ce sens et je me sentais de plus en plus calmée et rassurée sur l’état de mon ami. Je ne pouvais cependant pas me délester du sentiment de culpabilité et aussi me demander “et si cette prémonition-là ne se réalise jamais??” Je me balançais entre ces deux sentiments, réassurance et angoisse, et en quelques secondes, je passais d’une extrême à une autre. 

Deux longues heures passèrent comme ça, Laila faisait les cent pas (pour ne pas dire les milles pas), des va-et-vient interminables en se rongeant les ongles. Elle aussi refusait de pleurer ou de laisser la moindre petite pensée tragique emplir son esprit. Pour nous deux, permettre à ces idées de s’installer était comme inviter le mauvais sort à s’abattre sur nos têtes. Le médecin sortit enfin du bloc opératoire, l’air grave. Il regarda Laila droit dans les yeux et lui dit: ” Je suis vraiment navré, nous avons tenté tout notre possible mais il ne s’en est pas sorti. Toutes mes condoléances“. 

A partir de cet instant, tout s’effondra: ma copine s’écroula sur le sol en pleurs, ses pieds ne pouvaient plus la soutenir; j’avais l’impression que mon esprit avait quitté mon corps et je restais cloutée sur place, sans aucune autre réaction, à part répéter interminablement en chuchotant “J’avais une prémonition…“. 

Je ne saurais vous dire combien de temps nous sommes restées ainsi … A un moment donné, j’ai tourné la tête et ce que je vis me frappa telle une gifle. Toute cette misère, toute cette tristesse, des gens pleurant amèrement la perte d’un être cher. Je saisis la dernière infirmière qui quittait le bloc par le bras, et criai presque en lui parlant :” Je sais que vous avez fait tout ce que vous pouvez mais il y a certainement une erreur. J’ai eu une prémonition, vous comprenez?? ça ne peut pas finir ainsi! alors rappelez ce médecin et réessayez encore!! Il ne peut pas mourir!!! ” Elle dégagea doucement son bras et me regarda avec pitié et, comme si elle s’adressait à un écolier qui refuse de manger des légumes, elle me dit “Je m’excuse mais on ne peut plus rien faire” …. Tu les mangeras, tes haricots dégueulasses, quoi qu’il en soit! 

La suite … Partie 5 

Crédit Photo: Youssef Rhanem
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